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Horloge publique et numérique
2 écrans 48' / 2 x 2m
90 programmes / 24h
réalisée avec 1500 habitants de la ville de Givors
dans le cadre d'une résidence organisée par la Mostra
septembre 2011 - juin 2013
3 expos intermédiaires


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dossier presse
in situ
 
à propos / E. Kraft


Le cours du temps

Borges, assis sur un banc, discute avec un jeune homme qui n’est autre que lui-même, bien des années auparavant1.
La scène est située devant le fleuve Charles, mais l’auteur dévoilera plus tard 2 que son inspiration lui vient de sa jeunesse passée au bord du Rhône. Le paradoxe
de la situation contredit Héraclite : même s’il ne s’y baigne pas, Borges contemple deux fois le même fleuve.

Restons au bord du Rhône, non plus à Genève mais
à Givors, au sud de Lyon, pour voir cette fameuse horloge publique réalisée par le public.
La proposition du réalisateur, basée sur le principe initial “ne subissons pas le temps, faisons le“ 3, nous plonge (si) d’emblée dans les abîmes de la pensée où toute réflexion sur la notion de temps mène inévitablement.
De Zénon à Bergson, tout le monde s’y noie.

Passons sur le résultat. Cette horloge renvoie bien
aux différentes temporalités urbaines. Sa richesse humaine, la vitalité qu’elle affiche (plus que l’heure parfois) correspondent bien à celle de la ville.
Sa justesse est exemplaire : on est bien dans le temps de la cité, dans son théâtre, où toutes les notions
sur le temps sont abordées.
Parfait.

Mais le concepteur et les constructeurs de cet impeccable engrenage le savent bien : cette horloge
va vieillir. Inexorablement. Pas s’user, les pixels ont
de l’avenir, mais les images qu’ils composent iront rejoindre le flot de nos fatales prédestinées.
Parce qu’il ne s’agit pas ici, comme avec d’autres cadrans, à aiguilles ou digitaux, d’afficher uniquement
un minutage qui découpe et rythme nos jours et nos nuits selon des alignements astraux, et qui font que finalement, dans tous ces mouvements cycliques, aujourd’hui est pareil à hier. L’horloge a une autre ambition : elle veut nous montrer un autre temps.

Alors voilà : on est au bord du Rhône où les habitants d’une ville entière se sont donnés la possibilité
d’un dialogue intemporel avec eux-mêmes.
C’est la force de cette horloge (devant laquelle il faut mettre un banc) : elle ne donne pas à voir qu’un présent, ce qui est déjà beaucoup, mais aussi, avec sa mémoire potentielle, son synchronisme différé, un futur.
C’est donc une vanité, une vanité urbaine et moderne.
Et si l’œuvre s’intègre parfaitement à la ville, elle est aussi le prolongement évident des travaux de son auteur.
 
Emmanuel Kraft

1 L’autre / Le livre de Sable. J.L. Borges -1975
2 Cf : E. Rodriguez-Monegal 
Entretiens avec Borges -1983
3 La même que Bruno Rosier applique à un autre dispositif (“Ciel !”, Le Cube, installation comportementale -2005), mais dans un temps cette fois météorologique.


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